Récipiendaire

Asselin, Manon

Prix Ernest-Cormier 2018
Catégorie : Culturelle

Née le 14 mars 1966
Québec

Manon Asselin - lauréate
Photo : © Éric Labonté

Manon Asselin est sans conteste une voix influente dans le discours architectural actuel au Québec. Sa firme, Atelier TAG, cofondée et codirigée avec son conjoint Katsuhiro Yamazaki depuis 1997, se distingue par ses réalisations en architecture publique, des projets de société porteurs de la culture.

C’est lors de ses études en physiologie à la Faculté de médecine de l’Université McGill que Manon Asselin saisit l’essence de ce qui deviendra sa pratique architecturale. Ses visites fréquentes à la bibliothèque d’architecture – moins surpeuplée et plus aérée – allument l’étincelle qui fera d’elle une architecte engagée. Ainsi, sa démarche s’inscrit dans une quête de bien-être de la personne en lien avec sa communauté et avec l’environnement bâti.

« Durant mes études, j’étais toujours à la bibliothèque. J’aimais me retrouver avec d’autres que je ne connaissais pas et qui peinaient, comme moi, la tête dans leurs livres. Du simple fait d’être là tous ensemble, il se dégageait un sentiment de pouvoir et de confiance en soi. »

Inspirée par les enseignements de ses professeurs Rem Koolhaas et Alberto Pérez-Gomez, deux figures marquantes de l’architecture, Manon Asselin développe une approche selon laquelle l’espace influence les comportements, la pensée et, même, l’émancipation.

« Nous concevons chaque projet autour de deux pôles : d’une part, la réflexion sur le programme architectural en lien avec le bien-être à la fois physique et émotionnel des usagers et, d’autre part, la culture matérielle du bâtiment en fonction de la société et de l’évolution technologique. »

Ce « nous », c’est Atelier TAG, car l’architecte insiste sur le fait qu’aucun projet en architecture ne peut se conjuguer au « je ». « Je dis "nous" pour TAG, mais aussi pour les équipes d’ingénieurs et les clients avec qui nous travaillons et pensons les projets. »

Dans les lieux signés par Manon Asselin et ses collaborateurs, les gens évoluent avec aisance. Parce que, bien au-delà des réalisations et des honneurs reçus, l’architecte s’illustre par sa conscience du geste social. Voilà pourquoi il résulte des conceptions de Manon Asselin des insertions urbaines réussies. C’est le cas, notamment, du pavillon pour la Paix Michal et Renata Hornstein du Musée des beaux-arts de Montréal, du théâtre Gilles-Vigneault de Saint-Jérôme et de la bibliothèque de Saint-Hubert.

« Notre approche axée sur le bien-être s’est matérialisée de manière très concrète au Musée des beaux-arts puisque le pavillon que nous y avons conçu avait un programme centré sur l’éducation et l’art-thérapie. Il y avait un alignement naturel avec l’ambition de l’équipe du musée de faire ressentir aux visiteurs les bienfaits de l’art. »

Manon Asselin s’est aussi vu confier la responsabilité d’intervenir sur des éléments du patrimoine architectural moderne tels que l’oratoire Saint-Joseph et la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des arts. Pour ce dernier projet, le jury du Prix d’excellence décerné par l’Ordre des architectes du Québec en 2017 a d’ailleurs souligné que c’est une « marque de talent et de jugement que de ne pas faire de grands gestes quand des éléments forts sont déjà en place. »

L’excellence d’une vingtaine de projets de concours d’architecture, auxquels Manon Asselin a pris part en 20 ans, est confirmée par une cinquantaine de prix et distinctions, dont quelques médailles du Gouverneur général et un New York Emerging Voices Award. Une aura de succès qu’elle partage avec son partenaire. « Un moment déterminant de ma carrière demeure la rencontre avec mon mari, devenu mon associé. Il a une sensibilité complètement différente de la mienne. Nous sommes très complémentaires. Nos pensées se situent à des échelles différentes : lui, il est dans le détail et moi, dans les concepts plus larges. La conception de bâtiments touche tout ce spectre. »

Peu après l’obtention de son diplôme de l’Université McGill, Manon Asselin devient professeure au sein de cet établissement universitaire, en 1993, puis joint le corps professoral de l’Université de Montréal, en 2008. Grâce à un engagement pédagogique soutenu et dévoué, Manon Asselin accompagne et forme les nouvelles générations de praticiens à travers le prisme d’une architecture humaniste et novatrice.

« Dans l’enseignement, je trouve la passion des étudiants, leur effervescence et leur capacité à chercher et à regarder là où les autres n’iraient pas. À l’inverse, je peux leur livrer notre vision en plaçant notre pratique au centre de mon enseignement. »

Par son remarquable apport à l’éducation architecturale, l’enseignante démontre son attachement à sa discipline et son intérêt manifeste à la soutenir et à la promouvoir. C’est ainsi que, par une constance exemplaire dans la qualité de sa pratique et de son enseignement, Manon Asselin contribue à façonner de beaux lendemains à l’architecture au Québec.


Ernest Cormier
Qui était Ernest Cormier ?
 

Membres du jury :
Gérard Beaudet
Avi Friedman
Jonathan Bisson
Éric Gauthier
Simon Brochu