Les Prix du Québec


Léon-Gérin
Création de :
Suzan Vachon

Lauréates et lauréats

 
Dumont, Fernand

Prix Léon-Gérin 1990
Catégorie : Scientifique

Sociologue

Né le 24 juin 1927
Montmorency
Décédé le 1 mai 1997
Montmorency

Fernand Dumont - lauréat
Photo : Ronald Maisonneuve

Une interprétation du monde

Maître à penser de générations d'étudiants en sciences sociales, Fernand Dumont est considéré comme l'un des plus grands intellectuels de son temps. Au lendemain de son décès le 1er mai 1997, Réginald Martel écrit fort justement que «  Fernand Dumont a fait le pont entre l'ancien Québec et le nouveau Québec  ». Esprit hors du commun, ce penseur universel interprète le monde à partir de celui dans lequel il vit. À la fois philosophe, historien, théologien et poète, le sociologue laisse une œuvre considérable, inclassable aussi parce que Fernand Dumont est un esprit généraliste et un grand humaniste.

Son œuvre - 20 livres, 17 ouvrages édités et environ 200 articles - est la preuve de l'originalité de sa pensée, de son enthousiasme indéfectible pour la recherche et la réflexion critique comme de son souci constant d'une pensée rigoureuse et d'une langue soignée. Chaleureux, Fernand Dumont sait exposer les concepts les plus élaborés avec une simplicité et un naturel qui révèlent son don exceptionnel de communicateur. Ses étudiants se souviennent de lui comme d'un enseignant magistral, un homme qui sait éveiller la curiosité, stimuler l'intelligence.

Un sociologue de la connaissance et de la culture

Né en 1927, à une époque où le travail à l'usine, dès la fin de la septième année, est monnaie courante, Fernand Dumont, passionné par les études, convainc ses parents de la nécessité de le laisser poursuivre sa formation. Après son cours scientifique, il choisit d'entreprendre des études classiques qui le conduisent à la nouvelle Faculté des sciences sociales de l'Université Laval. La liberté d'esprit et la valorisation de l'initiative personnelle qui y ont cours le séduisent immédiatement. Alors qu'il achève une maîtrise en sociologie sur la pensée juridique, les autorités de l'Université lui laissent entendre que, une fois son doctorat terminé, il pourra enseigner à la Faculté. Stimulé par cette perspective, Fernand Dumont se rend à Paris en 1953 faire un doctorat en sociologie. Durant ce séjour en France, il s'initie aussi à l'étude de la psychologie et de la psychanalyse, disciplines auxquelles il restera attaché toute sa vie, comme en témoignent les constantes références qui émaillent son œuvre, allant même jusqu'à écrire un article, « L'idée de développement culturel : esquisse pour une psychanalyse », très remarqué lors de sa publication en 1979.

De retour à Québec, en 1955, Fernand Dumont enseigne et fait de la recherche à l'Université Laval, où il restera jusqu'à sa retraite. Ses cours portent alors principalement sur la sociologie de la connaissance, la théorie de la culture et l'épistémologie des sciences humaines. Parallèlement à sa carrière de professeur, il fonde l'Institut supérieur de recherches en sciences humaines à l'Université Laval et l'Institut québécois de recherche sur la culture. En 1960, avec Yves Martin et Jean-Charles Falardeau, la revue Recherches sociographiques, qui demeure la principale revue interdisciplinaire d'études québécoises, est lancée sous son impulsion.

De 1968 à 1970, Fernand Dumont préside la Commission sur la place des laïcs dans l'Église au Québec, dont les travaux suscitent beaucoup d'intérêt, et il fait une incursion dans la haute fonction publique québécoise afin de participer, avec Guy Rocher, à la rédaction du projet de loi 101 et de la Charte de la langue française. Savant et homme de culture, Fernand Dumont est aussi un acteur engagé dans les débats politiques de son temps, comme le montrent ses nombreuses conférences publiques et entrevues, dont les principales sont réunies dans un ouvrage posthume : Fernand Dumont, un témoin de l'homme (2000).

Un auteur prolifique

Fernand Dumont laisse derrière lui une œuvre savante considérable répartie selon trois axes principaux : la philosophie des sciences humaines et la théorie de la culture, la pensée religieuse et philosophique et, enfin, les études québécoises. De son expérience vécue entre le monde ouvrier de son enfance et le monde de la culture savante de sa vie d'adulte, le sociologue de l'Université Laval tire une conception originale de la culture comme milieu et horizon, présentée dans Le lieu de l'homme (1968), ouvrage récompensé par le Grand Prix littéraire de la ville de Montréal et le Prix du Gouverneur général du Canada. Si la culture est bien un lieu, « ce n'est pas comme une assise de la conscience, mais comme une distance qu'elle a pour fonction de créer » , écrit-il dans cet ouvrage dans lequel il reconnaissait le mieux le sens de ses recherches. Fernand Dumont publie aussi sa thèse de doctorat, La dialectique de l'objet économique (1970), traduite en espagnol, ensuite Les idéologies (1974), L'anthropologie en l'absence de l'homme (1981), Le sort de la culture (1987) et L'avenir de la mémoire (1995).

Ses travaux concernant les études québécoises comptent des publications importantes, dont L'analyse des structures régionales (avec Yves Martin), La vigile du Québec (1971) et Raisons communes (1997). Son ouvrage ayant pour titre : Genèse de la société québécoise remporte le prix France-Québec en 1993 et est alors qualifié de « bible de la société québécoise  », allant de Christophe Colomb jusqu'à la seconde moitié du XIXe siècle. Cet ouvrage, dans lequel il retrace l'émergence en Amérique du Nord d'une société globale nouvelle, propose du même coup une conceptualisation originale pour l'étude des sociétés autour du concept de référence.

Poète et écrivain, Fernand Dumont publie en outre au fil des années trois recueils de poèmes, réunis dans La part de l'ombre en 1996, et une autobiographie, Récit d'une immigration (1997), rédigée tout juste avant son décès. Il s'intéresse à la théologie et au renouvellement de la pensée chrétienne tout au long de sa carrière. Au soir de sa vie, il aura encore le temps d'écrire un ouvrage personnel, Une foi partagée (1996), à la fois analyse lucide sur son époque et témoignage de sa propre foi chrétienne.


Résumé de carrière

1958
Doctorat en sociologie de l'Université de Paris

1955-1994
Professeur à l'Université Laval

1969
Prix Léo-Pariseau de l'Association canadienne-française pour l'avancement des sciences

1975
Prix Athanase-David

1978
Doctorat honoris causa de l'Université de Paris

1980
Prix Esdras-Minville de la Société Saint-Jean-Baptiste

1981
Doctorat honoris causa de l'Université du Québec

1987
Doctorat en théologie de l'Université Laval

1990
Prix Léon-Gérin

1993
Prix Molson du Conseil des arts du Canada

1995
Professeur émérite de l'Université Laval

1997
Prix du Fonds FCAR

Léon Gérin
Qui était Léon Gérin ?
 

Date de remise du prix :
30 octobre 1990

Membres du jury :
Monique Lefebvre-Pinard (présidente)
Marcel Dagenais
Louis-Edmond Hamelin
Claude Rochette


Texte :
Danielle Ouellet

Mise à jour :
Nathalie Dyke

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