Marie-Victorin
Création de :
Ghislaine Fauteux-Langlois

Récipiendaire

Barbeau, André

Prix Marie-Victorin 1985
Catégorie : Scientifique

Neurologue

Né le 27 mai 1931
Montréal
Décédé le 9 mars 1986
Montréal

André Barbeau - lauréat
Photo : Bernard Vallée

André Barbeau était un «vrai » chercheur clinicien dans le meilleur sens du terme, gardant toujours à l'esprit l'objectif de soulager le malade et trouvant dans l'être souffrant toute sa motivation pour agir.

Jean Davignon, chercheur, Institut de recherche clinique de Montréal, hommage rendu au docteur Barbeau en 1986 par l'Union médicale du Canada.

Une renommée internationale

Neurologue québécois de renommée mondiale, le docteur André Barbeau, qualifié de « clinicien de l'espoir », contribue pendant toute sa vie à l'amélioration de la santé de patients atteints de maladies chroniques du système nerveux. Un des premiers neurologues à faire d'importantes découvertes fondamentales dans la compréhension et le traitement de la maladie de Parkinson, puis de l'ataxie de Friedreich, André Barbeau est un guide dans le domaine des maladies génétiques et héréditaires. Pour décrire ses hypothèses et rapporter ses résultats, il s'applique durant toute sa carrière à utiliser les langues de Molière et de Shakespeare avec un brio exceptionnel. Plus de 25 années d'étude sur le cerveau le conduiront à élargir le cadre des connaissances de la neurologie classique et à donner un nouvel essor à la recherche médicale concernant des maladies qui, jusque-là, représentaient un véritable mystère pour la science.

Élucider l'énigme de la maladie de Parkinson

Dès le début de sa carrière en 1957, André Barbeau s'intéresse de près à l'étude de la maladie de Parkinson, alors négligée par la science. Après s'être initié à la recherche avec le professeur Jacques Genest de l'Hôtel-Dieu de Montréal, il se spécialise en neurologie à l'Université de Chicago. Il entreprend alors ses premiers travaux de recherche sur cette affection, caractérisée par la dégénérescence des noyaux gris du cerveau, qu'il nomme lui-même la « maladie des neurones ».

Invité à fonder le Laboratoire de neurologie de l'Université de Montréal au début des années 60, André Barbeau contribue dès lors, de remarquable façon, à la physiopathologie et au traitement de la maladie de Parkinson. Le point de départ de son ascension remonte à l'époque où il parvient à relier la déficience en dopamine (substance retrouvée dans le cerveau) à la maladie de Parkinson. Cette découverte, suivie d'une étude systématique publiée en 1961, propulse le neurologue québécois sur la scène internationale de la recherche. L'application de cette nouvelle connaissance permet d'ailleurs la mise au point d'un premier médicament, à partir de la DOPA, précurseur naturel de la dopamine dans le cerveau. Capable de réduire les symptômes de la maladie, le traitement se révèle une innovation sur le plan thérapeutique et est universellement utilisé depuis.

En 1967, André Barbeau assume le poste de directeur du Département de neurobiologie de l'Institut de recherches cliniques de Montréal, où il installe son laboratoire, et continue ses recherches en vue d'améliorer le traitement de la maladie, par la diminution des effets secondaires. Il devient, en 1970, l'un des trois premiers médecins au monde à associer une DOPA améliorée à une substance qui en augmente les effets.

L'ataxie de Friedreich : de nouvelles avenues
de recherche

Sans abandonner ses recherches sur la maladie de Parkinson, le docteur Barbeau se met à l'étude d'autres maladies neurologiques, dont différentes ataxies, et plus particulièrement l'ataxie de Friedreich. Cette affection irréversible provoquant l'incoordination des mouvements volontaires représente alors une véritable énigme pour la science médicale, qui ignore jusqu'à la description précise des symptômes. André Barbeau devient l'un des premiers neurologues à franchir les étapes importantes menant à la compréhension de la physiopathologie de cette maladie.

Cette entreprise de longue haleine débute en 1975, à l'instigation de Claude St-Jean, ataxique au courage exemplaire, fondateur de l'Association canadienne de l'ataxie de Friedreich. André Barbeau institue et dirige à ce moment-là une importante étude coopérative portant sur cette affection. Au terme de dix années d'étude, le neurologue et son équipe complètent un fragment essentiel de la mosaïque des connaissances acquises sur la maladie. En plus de la découverte d'un des facteurs causant les ataxies, soit la déficience biochimique en acide glutamine, cet expert élucide la caractérisation claire des différentes formes de la maladie, en distinguant une vingtaine d'ataxies.

Ces progrès faits à l'intérieur d'une aussi courte période de recherche résultent de l'approche multidisciplinaire mise au point par le docteur Barbeau pour aborder l'étude de la maladie. Son étude coopérative, d'envergure internationale, suscite la collaboration entre plus de 240 chercheurs venant de différents domaines de la science médicale. « Son approche innovatrice a fait école, explique le docteur Serge Gauthier, de l'Hôpital général de Montréal. Cette méthode collective, où sont mises en commun les différentes ressources scientifiques, s'est imposée comme modèle d'exploration des maladies neurodégénératives, au point de représenter aujourd'hui une tradition de recherche typiquement québécoise.  » D'ailleurs, la Fondation Parkinson du Québec, créée en 1980 par André Barbeau, emprunte alors la même démarche de recherche que celle qui est utilisée pour l'ataxie. L'hypothèse de ce remarquable chercheur sera ainsi confirmée quinze ans après qu'il en eut élaboré le concept.

Les voies de la génétique

André Barbeau s'intéresse tout particulièrement à l'aspect génétique des maladies neurologiques. Ainsi, au début des années 80, il ouvre la voie à une nouvelle science, l'écogénétique, selon sa propre terminologie, d'ailleurs acceptée par la communauté scientifique. Le chercheur amorce le mouvement de la science en démontrant que, en plus d'une composante génétique, une composante environnementale toxique est directement liée à la maladie de Parkinson.

La voie de l'environnement

À la toute fin de sa vie, le docteur Barbeau a débuté des études rétrospectives sur les effets de l'environnement sur la maladie de Parkinson. Les résultats préliminaires ont attiré l'attention du monde entier. « Oui, l'environnement semblait favoriser l'apparition de la maladie ». Son décès prématuré a interrompu cette prometteuse observation. Cette hypothèse vient d'être confirmée. À nouveau, selon le docteur Chrétien, le docteur Barbeau a fait preuve de grande intuition scientifique et d'esprit de pionnier.

L'œuvre du docteur Barbeau se démarque particulièrement par son caractère de continuité. Grâce aux travaux menés au Québec sous la direction du neurologue, le gène de l'ataxie de Friedreich est pour la première fois localisé par un groupe de chercheurs anglais, deux ans après sa mort, survenue le 9 mars 1986.


Résumé de carrière

1956
Doctorat en médecine de l'Université de Montréal

1961-1967
Directeur du Laboratoire de neurologie de l'Université de Montréal

1967-1986
Directeur du Département de neurobiologie de l'Institut de recherches cliniques de Montréal

1976-1977
Chef du Service de neurologie à l'Hôtel-Dieu de Montréal

1976-1981
Directeur du Programme de neurologie à l'Université de Montréal

1977
Président du Club de recherches cliniques du Québec

1980
Prix Léo-Pariseau de l'Association canadienne-française pour l'avancement des sciences

1983
Prix Michel-Sarrazin

1985
Prix Marie-Victorin

1986
Médaille McLaughlin

Frère Marie-Victorin
Qui était Frère Marie-Victorin ?
 

Date de remise du prix :
24 septembre 1985

Membres du jury :
Serge Carrière
Germain Gauthier
Toby Gilsig
Lucien Huot
Nadia Magnenat-Thalman


Texte :
Claire Gagnon

Mise à jour :
Nathalie Kinnard

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