Les Prix du Québec


Marie-Victorin
Création de :
Catherine Villeneuve

Lauréates et lauréats

 
Gauvin, William-Henry

Prix Marie-Victorin 1984
Catégorie : Scientifique

Chimiste

Né le 30 mars 1913
Paris
Décédé le 6 juin 1994
Beaconsfield

William-Henry Gauvin - lauréat
Photo : Daniel Lessard

On le qualifie de « grand promoteur de la science appliquée », quand on ne l'associe pas tout simplement à l'inventeur, au professeur, à l'ingénieur ou au chercheur. En fait, William-Henry Gauvin exerce tous les métiers de la recherche scientifique. C'est d'ailleurs probablement la polyvalence dont il fait preuve qui transporte l'ingénieur chimiste à l'avant-scène de la recherche de pointe, et ce, bien avant que le Québec amorce son virage technologique.

Au Québec, le développement de la chimie des 40 dernières années aurait été tout autre sans ce chef de file, qui se distingue par la conception d'importantes innovations en matière de technologie de pointe mais, d'abord et avant tout, par son rôle d'intermédiaire entre la recherche fondamentale et la recherche industrielle. L'un des premiers scientifiques à tendre les ponts entre l'université et l'industrie ainsi que l'un des premiers francophones à la tête d'importants centres de recherche, William-Henry Gauvin prépare un terrain propice à l'éclosion de nouvelles technologies. Selon l'ingénieur Roger A. Blais, ce scientifique est vraiment le meilleur ambassadeur de l'industrie que le milieu universitaire ait connu. En fait, il contribue à institutionnaliser et à mondialiser la recherche au Québec, en faisant partie de la toute première moisson d'éminents chercheurs à doter le pays de centres de recherche de calibre international.

La science au service de l'industrie

À la suite de l'obtention d'un doctorat en génie chimique de l'Université McGill en 1945, William-Henry Gauvin met en pratique les préceptes qui deviendront la philosophie de toute sa carrière professionnelle : mener des travaux de recherche fondamentale en fonction de visées industrielles très pratiques. Ingénieur en chef d'une entreprise pharmaceutique, il met alors au point et fait breveter un procédé de séchage par pulvérisation, révolutionnaire pour l'époque.

Poursuivant son ascension vers les hautes sphères de la recherche de pointe, le scientifique assume pendant six années la direction du Département de génie chimique de l'Institut canadien de recherches sur les pâtes et papiers. Son autorité se manifeste de façon plus évidente en 1961 quand le chercheur jette les bases du Centre de recherche de la compagnie Mines Noranda, un laboratoire de toute première importance pour la recherche industrielle au pays, qui demeure le témoin privilégié de son action novatrice. Les responsabilités de William-Henry Gauvin débordent alors largement de ce cadre, pour le conduire à la tête de la Section de la recherche et du développement de la même compagnie.

Sous la direction de William-Henry Gauvin, le Centre ne tarde pas à jouir d'une réputation internationale. Parmi les productions concourant à ce succès, citons la mise au point de procédés uniques de transformation. Basés sur les techniques de plasmas à très hautes températures, ils sont appliqués à la métallurgie d'extraction et à la production d'alliages métalliques. D'abord utilisés au Québec, ces nouveaux procédés connaissent d'importantes percées industrielles et commerciales et sont maintenant exploités sur une vaste échelle au Canada, aux États-Unis et en Angleterre.

Le rapprochement de l'université et de l'industrie

Les activités remarquables de William Henry Gauvin dans le secteur industriel ne l'empêchent pas de demeurer fidèle à son alma mater, l'Université McGill, où il cumule 35 années de service. Il représente aux yeux de plusieurs l'une des forces vives ayant contribué au développement du Département de génie chimique. Pendant de nombreuses années, il travaille également pour le conseil d'administration de la même université.

Cette carrière à deux volets, partagée entre le secteur industriel et le milieu universitaire, constitue la plus grande richesse du professeur-chercheur, autant préoccupé par le développement économique que par l'avancement de la recherche fondamentale. Cet amalgame est d'une grande originalité au cours des années 60. Fort de son expérience dans le secteur privé, il donne un sens pratique à son enseignement. Il sait en outre orienter ses étudiants vers les sujets de recherche susceptibles d'appuyer le développement technologique, de même qu'il sensibilise l'industrie à l'apport de la recherche universitaire.

Un témoin de l'évolution scientifique du Québec

William Henry Gauvin préconise un effort intégré de concertation. L'établissement de relations entre l'industrie et la recherche universitaire témoigne du succès obtenu. Là ne s'arrête cependant pas sa contribution. Dans un esprit de continuité, il s'engage concrètement auprès de l'État, qui joue le rôle d'un catalyseur important du développement technologique. Ainsi, il contribue à façonner les politiques industrielles et scientifiques du Québec et du Canada lorsqu'il s'associe aux pères fondateurs du Conseil de la politique scientifique du Québec, créé en 1972. De plus, il siège au Conseil des sciences du Canada et au Conseil national de recherches du Canada.

Tout au long de sa carrière, William-Henry Gauvin participe également de façon très active au développement de nombreuses associations professionnelles, tant au Canada qu'à l'étranger. Il sera président, notamment, de l'Institut de chimie du Canada, de la Société canadienne de génie chimique, de l'Interamerican Confederation of Chemical Engineering, de l'Association de la recherche industrielle, de l'Association canadienne en gestion de recherche et de l'Association des directeurs de recherche industrielle du Québec.

Jusqu'à son décès en 1994, ce scientifique accompli, grand passionné et travailleur infatigable, continuera de guider ses étudiants et de donner des consultations à l'Institut de génie des matériaux et à l'Institut de recherche en électricité du Québec (IREQ) d'Hydro-Québec. Celui-là même qui favorise tout au long de sa carrière l'évolution scientifique du Québec vers un plus grand équilibre entre la recherche fondamentale et la recherche industrielle, définit ainsi la finalité de son œuvre : «  Appliquer les principes de la science à la mise en valeur de nouveaux procédés et de nouveaux produits, pour le mieux-être de la collectivité. »


Résumé de carrière

1945
Doctorat en chimie physique de l'Université McGill

1957-1961
Directeur de la Division de génie chimique de l'Institut canadien de recherches sur les pâtes et papiers

1961
Chercheur émérite du Département de génie chimique de l'Université McGill

1961-1970
Directeur du Centre de recherche Noranda

1964
Médaille Senior-Moulton de l'Institute of Chemical Engineers of Great Britain

1970-1983
Directeur de la recherche et du développement aux Mines Noranda

1975
Compagnon de l'Ordre du Canada

1979
Médaille d'or de la Société d'encouragement pour la recherche et l'invention de la France

1984
Prix Marie-Victorin

1986
Membre fondateur de l'Académie canadienne du génie

1986
Médaille Julian C. Smith de l'Institut de la science et technologie du Canada

1988
Prix Izaak-Walton-Killam du Conseil des arts du Canada

Frère Marie-Victorin
Qui était Frère Marie-Victorin ?
 

Date de remise du prix :
23 octobre 1984

Membres du jury :
Pierre Bélanger
Esteban Chornet
Jacques Desnoyers
Thérèse Gouin Décarie
Lucien Huot


Texte :
Claire Gagnon

Mise à jour :
Nathalie Kinnard

Revenir à la liste

Nouvelle recherche