Wilder-Penfield
Création de :
Suzan Vachon

Récipiendaire

Lamarre, Yves

Prix Wilder-Penfield 1994
(ex aequo)
Catégorie : Scientifique

Neurophysiologiste

Né le 16 août 1935
La Prairie

Yves Lamarre - lauréat
Photo : François Brunelle

Sans jamais négliger la recherche fondamentale, les travaux d'Yves Lamarre en débordent depuis longtemps le cadre pour s'inscrire dans une démarche scientifique d'envergure. À partir d'un certain nombre d'observations sur le tremblement pathologique (du type parkinsonien, par exemple), les recherches du docteur Lamarre évoluent vers l'étude de problèmes complexes associés au système nerveux central et au contrôle de la motricité chez l'humain et les primates. Leurs conclusions déterminantes sont venues éclairer, notamment, un long débat relatif aux réflexes transcorticaux et au rôle des données sensitives dans le contrôle du mouvement.

Faire sa place

Diplômé de l'Université de Montréal en neurophysiologie (1964), Yves Lamarre poursuit sa formation postdoctorale à l'Institut Marey, en France, avec la professeure Denise Albe-Fessard (1964-1965), grâce à une bourse du Conseil de recherches médicales du Canada. Il travaille ensuite à l'Institut de neurophysiologie du Karolinska Institutet de Stockholm (1965-1966) sous la direction du professeur R. Granit (Prix Nobel de médecine), puis au Département de physiologie de l'Université Johns Hopkins, à Baltimore, avec le professeur Vernon B. Mountcastle et le docteur Gian F. Poggio (1966-1967). Depuis 1971, il est membre du Département de médecine de l'Hôtel-Dieu de Montréal.

D'abord chargé d'enseignement, puis professeur adjoint à l'Université de Montréal, Yves Lamarre y obtient l'agrégation en 1970 et y est professeur titulaire depuis 1974. De 1990 à 1996, il dirige le Groupe de recherche sur le système nerveux central de cet établissement, après avoir assumé des fonctions identiques auprès du Centre de recherche en sciences neurologiques de la même université (1977-1992).

Une contribution scientifique exceptionnelle

Yves Lamarre a recours à l'expérimentation électrophysiologique, neuroanatomique et pharmacologique pour déterminer le rôle critique des structures corticales et cérébelleuses dans la programmation, la mise en action et l'exécution de réponses volontaires à des stimuli sensoriels. Ces expériences constituent sa plus remarquable contribution à la science neurologique. Il réussit à prouver en effet, hors de tout doute, la genèse centrale du tremblement, contrairement aux théories postulant l'intervention essentielle du système périphérique.

Le docteur Lamarre sera le premier à démontrer le site d'action de l'harmaline, drogue d'origine végétale qui provoque chez l'animal des tremblements comparables à ceux que l'on observe chez l'humain. Rigoureux dans ses démarches, original par ses méthodes et souvent inattendu dans ses conclusions, il fait également valoir que le système nerveux constitue le siège d'une activité propre, rythmique et bien organisée, absolument étrangère aux stimuli extérieurs.

Peu étonné d'avoir parfois surpris les autres, Yves Lamarre explique avec naturel et bonhomie que le cerveau, dans les années 50 et 60, est surtout considéré comme un centre d'acquisition et de traitement de l'information d'où part, en retour, la réponse appropriée aux stimuli. L'idée, depuis, a évolué. « La chose est très bien acceptée maintenant, dit-il, notamment pour une région directement reliée au cervelet. Il s'agit d'une structure surtout motrice dont pourraient dépendre la synchronisation et la mesure du temps… »

Par ailleurs, certaines expériences que le docteur Lamarre mène à l'aide d'enregistrements de cellules corticales, avant et après lésion du noyau dentelé du cervelet, lui permettent d'étudier la transformation du signal sensoriel en signal moteur. Il caractérise ainsi les décharges neuronales de structures centrales liées au cortex moteur et, de là, conclut que cette transformation n'a pas lieu dans le cortex moteur lui-même. Pour une autre série d'expériences, plus poussées, il a recours aux techniques d'enregistrement unitaire de cellules du noyau dentelé, ce qui lui permet d'analyser les temps de réaction aux stimuli téléceptifs (perceptions non tactiles) et d'établir le rôle du cervelet dans l'intégration sensorimotrice.

Faire sa marque au-delà de la recherche

En 1986, Yves Lamarre préside le congrès annuel de l'Association des médecins de langue française du Canada, tenu sur le thème suivant : « L'homme-cerveau ». Conférencier Sarrazin de la Société canadienne de physiologie (1992) et membre de différents organismes provinciaux, nationaux et internationaux, il agit également comme représentant canadien auprès de l'International Brain Research Organization (IBRO). Le IIIe congrès annuel de ce prestigieux organisme, auquel prennent part 4 000 scientifiques, a lieu à Montréal en 1991 grâce à lui. Enfin, il dirige la Société canadienne pour les neurosciences et différents comités relevant de la Society for Neuroscience aux États-Unis.

D'autre part, avec le docteur Albert J. Aguayo, de l'Université McGill, Yves Lamarre met sur pied et dirige le Réseau canadien des centres d'excellence pour l'étude de la régénération neurale et la récupération fonctionnelle du système nerveux. De 1990 à 1998, ce réseau, l'un des rares du genre créés par le gouvernement canadien au Québec, met à contribution 25 des principaux chercheurs d'une douzaine d'universités et d'instituts répartis dans tout le Canada. Il constitue un atout de première importance pour l'avenir de la recherche neurologique au Québec et au Canada.

Le retentissement que connaissent sur le plan international ses recherches et ses découvertes amènent Yves Lamarre à faire de fréquents voyages à l'étranger. Outre les nombreuses conférences qu'il prononce dans les universités du Québec et du Canada, colloques et séminaires le transportent un peu partout dans le monde. Ses articles, également nombreux, sont publiés dans d'aussi prestigieuses revues que Journal of Neurophysiology, Science, Experimental Brain Research et Acta Psychologica.

Chercheur à l'esprit ouvert et imaginatif, Yves Lamarre sait, grâce aux techniques les plus avancées, apporter une remarquable contribution à la recherche universitaire et médicale d'ici et d'ailleurs, confirmant la vocation internationale du Québec dans le domaine des sciences neurologiques. Ses brillantes réalisations illustrent de manière éclatante sa puissance de conceptualisation, d'analyse et de généralisation. Pour les autres chercheurs, elles constituent à la fois un exemple et une source continuelle d'inspiration.


Résumé de carrière

1964
Doctorat en neurophysiologie de l'Université de Montréal

1977-1992
Directeur du Centre de recherche en sciences neurologiques de l'Université de Montréal

1986
Président du congrès annuel de l'Association des médecins de langue française du Canada

1990-1996
Directeur du Groupe de recherche sur le système nerveux central de l'Université de Montréal

1992
Conférencier Sarrazin de la Société canadienne de physiologie

1990
Cofondateur du Réseau canadien des centres d'excellence pour l'étude de la régénération neurale et la récupération fonctionnelle du système nerveux

1994
Prix Wilder-Penfield, ex æquo avec le docteur Albert J. Aguayo

1998
Doctorat honoris causa de l'Université Bordeaux II

Wilder Penfield
Qui était Wilder Penfield ?
 

Date de remise du prix :
23 novembre 1994

Membres du jury :
Alain Fournier (président)
Nicole Gallo-Payet
Suzanne Lemieux
Fernand A. Roberge
Charles-R. Scriver


Texte :
Alix Renaud

Mise à jour :
Nathalie Kinnard

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