Les Prix du Québec


Georges-Émile-Lapalme
Création de :
Catherine Villeneuve

Lauréates et lauréats

 
Melançon, Benoît

Prix Georges-Émile-Lapalme 2012
Catégorie : Culturelle

Né le 20 septembre 1958
Verdun

Benoît Melançon - lauréat
Photo : Rémy Boily
Entrevue

Le lauréat du prix Georges-Émile-Lapalme 2012 a pressenti, dès son adolescence en banlieue de Montréal, qu’il voulait faire de sa vie une histoire de mots, de langue, de recherche et d’écriture. « Au secondaire, se souvient Benoît Melançon, ce fut un coup de cœur, sans véritable réflexion. Après mon baccalauréat en études françaises à l’Université de Montréal en 1980, la langue et la littérature sont devenues des choix et des passions qui m’ont tout de suite comblé. »

Maîtrise et doctorat à l’Université de Montréal, études postdoctorales à l’Université Laval et à celle de Paris X-Nanterre, Benoît Melançon a gravi tous les échelons universitaires avant de devenir, en 1992, professeur et, quinze ans plus tard, directeur de département. Déjà, à l’aube de sa carrière, de 1985 à 1987, il est jeune directeur du programme Colby-in-Caen qui offre des cours de français et de littérature à des étudiants américains qui séjournent en France, pour le compte du Colby College (États-Unis).

Intellectuel polyvalent et parfaitement bilingue, Benoît Melançon cumule plusieurs vies professionnelles. Directeur du Département des littératures de langue française de l’Université de Montréal de 2007 à 2011, il y entreprend en 2012 un deuxième mandat. Caractéristique peu fréquente à ce poste, c’est un mordu avoué des nouvelles technologies… depuis trois décennies. Il est ou a été webmestre de plusieurs sites, dont celui du Centre d’études québécoises du Département d’études françaises de l’Université de Montréal. Il est également auteur, éditeur, chercheur, conférencier, blogueur et microblogueur émérite.

Une curiosité sans limites, une solide capacité de travail et une volonté claire de contribuer à sa société lui ont, sans nul doute, permis de diversifier… ses amours. À 54 ans, il les juxtapose avec talent et audace. Cela converge autour de cette joie, palpable chez lui, à faire rayonner, comprendre et décoder la langue française, dans ses multiples déclinaisons et… sur toutes les plateformes. « La littérature contemporaine, ce n’est pas que le numérique, mais c’est aussi le numérique. »

Au cours d’une même semaine et parfois de la même journée, Benoît Melançon fait de la gestion universitaire, enseigne à des étudiants au doctorat, met son chapeau d’éditeur aux Presses de l’Université de Montréal dont il est directeur scientifique depuis 2002. Il y publie, entre autres, la collection de vulgarisation Profession qui fait connaître la trajectoire, le rôle et l’engagement de grands intellectuels dans la Cité. Dans son travail de recherche comme dans celui d’éditeur ou d’auteur, Benoît Melançon défend une approche interdisciplinaire. Il tient constamment à dialoguer avec ses collègues des autres disciplines. Mais surtout, il défend l’idée que les intellectuels participent au débat social, non pas pour dire ce qui est bien ou mal, mais pour y apporter plus de profondeur et ouvrir les horizons.

Auteur et bibliographe prolifique (il publie sur le net une bibliographie du XVIIIe siècle depuis plus de vingt ans), il a écrit des centaines d’articles dans les plus prestigieuses revues et pas moins de neuf ouvrages depuis 1982. Quelques-uns sont réédités (Sevigne@Internet. Remarques sur le courrier électronique et la lettre) et l’un d’eux est traduit : son célèbre essai Les yeux de Maurice Richard. Une histoire culturelle, qui lui a valu un déluge de critiques louangeuses, le prix Richard-Arès (2006) et le prix Marcel-Couture (2007). En décembre 2009, La Presse le retenait « comme l’un des cinq meilleurs essais québécois des années 2000 ». « Ça me stimule de travailler sur des éléments qui, a priori, paraissent antinomiques. Ça m’impose des rythmes différents. J’accumule des informations pendant des années avant de me lancer dans l’écriture d’un livre. Pour Maurice Richard, je colligeais des éléments depuis 25 ans! »

Ses champs d’intérêt sont variés, détonnants pour un universitaire de sa trempe. Il cherche avant tout à multiplier les interactions, à nourrir la pensée collective autour de la langue et de la communication. En collaboration avec Pierre Popovic, il a écrit en 2001 Le village québécois d’aujourd’hui. Glossaire, devenu trois ans plus tard le Dictionnaire québécois instantané, deux ouvrages instructifs, rigoureux et parfaitement décoiffants. Chroniqueur percutant, c’est de bonne grâce qu’il accepte de commenter l’actualité linguistique, en plus de nourrir, chaque jour depuis 2009, un blogue très suivi (L'Oreille tendue) qui cause lettres et langue populaire. Il scrute la langue de la publicité comme celle de la politique ou des médias, celle du XVIIIe siècle comme celle de ses contemporains. Il signale les expressions qui montent, les dérives étonnantes et les inventions les plus redoutables.

En conférence, dans les médias ou sur la toile, on applaudit son art de conjuguer finement la rigueur et l’humour et de rester allergique aux propos moralisateurs. Il adore secouer les idées reçues, reprises ad nauseam comme autant de faits incontournables. Il ne veut pas provoquer indûment, mais plutôt susciter la réflexion pour faire jaillir du sens là où on l’attend le moins. « C’est utile, je crois, pour cesser de répéter des choses non fondées. Et puis, ça m’amuse ! »

On écrit de plus en plus mal depuis l’arrivée d’Internet? La réforme de l’orthographe est impossible? Il n’y a qu’au Québec qu’on ait des lois linguistiques? La défense de la langue est toujours une affaire de nationalisme? Le niveau du français au Québec baisse? L’anglais est la langue universelle parce qu’elle est plus facile que les autres? Voyons donc! À l’étranger comme ici, Benoît Melançon se plaît à retourner les idées qu’on galvaude, notamment celles, nombreuses, concernant le français qu’on aime et malmène avec la même vigueur au Québec.

« J’aime calibrer ma langue en fonction des publics, choisir mes mots, trouver ceux qui vont convaincre. Je veux par-dessus tout montrer que le français est vivant. »

Membre de la Société royale du Canada depuis 2008, Benoît Melançon recevait en septembre dernier les insignes de l’Ordre des francophones d’Amérique. Sur le pas de la porte de sa maison de Montréal, il ajoute à l’intention de la journaliste : « Je suis heureux quand j’écris. Ça me met de bonne humeur! Même des rapports administratifs… » Il sourit en disant que cette année aura été faste pour lui. La remise du prix Georges-Émile-Lapalme y contribue sûrement. « Vous savez, constate-t-il, Georges-Émile Lapalme était un esprit libre, un homme d’action et un écrivain. Mon souvenir de cet homme reste celui d’un intellectuel de conviction d’une grande fermeté face à Duplessis. Lui être associé m’honore et me touche. »


Georges-Émile Lapalme
Qui était Georges-Émile Lapalme ?
 

Date de remise du prix :
13 novembre 2012

Membres du jury :
Conrad Ouellon (président)
Valérie Borde
Louis Jolicœur



Texte :
Ariane Émond

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