Armand-Frappier
Création de :
Daniel Moisan

Récipiendaire

Tremblay, Michel L.

Prix Armand-Frappier 2013
Catégorie : Scientifique

Né le 30 septembre 1957
Québec

Michel L. Tremblay - lauréat
Photo : Rémy Boily
Entrevue

Figure incontournable de la recherche sur le cancer au Québec, Michel L. Tremblay est originaire de la ville de Québec. Adolescent, il s’intéressait aux technologies et était un fervent lecteur de science-fiction.

Au cégep et à l’université, son goût pour les sciences devient plus important. Il définit d’ailleurs cette période comme « celle où il a commencé à adorer faire des sciences ». Il s’inscrit alors en microbiologie à l’Université de Sherbrooke où il obtiendra un baccalauréat ainsi qu’une maîtrise. Son enthousiasme pour les sciences ne s’est jamais éteint depuis et encore aujourd’hui, il est pour lui fondamental de « faire de la recherche d’une manière plaisante, imaginative. Il faut bien sûr le faire de manière rigoureuse, mais il est tout à fait possible de le faire en ayant beaucoup de plaisir ».

Au cours de sa maîtrise en virologie, M. Tremblay perd sa mère à la suite d’un cancer, maladie qui a aussi entraîné le décès de plusieurs tantes et oncles du coté maternel. Cet historique médical familial a eu une grande influence sur son choix de carrière et ses recherches. Il s’inscrit donc à l’Université McMaster d’Hamilton (Ontario) au doctorat en virologie et cancer.

Son sujet de recherche porte alors sur les mécanismes d’action des gènes oncogéniques de l’adénovirus. Bénéficiaire de bourses d’études et de formation postdoctorale de l’Institut national du cancer du Canada, il poursuit ensuite sa formation au National Institute of Health aux États-Unis. Il fait partie de la première génération de postdoctorants qui ont développé des animaux génétiquement modifiés à partir de cellules embryonnaires.

C’est durant cette période qu’il établit chez la souris le premier modèle animal d’une maladie humaine au moyen de cellules souches. Ses travaux ont été réalisés sur la maladie de Gaucher. Ce modèle était alors une manière particulièrement innovante de trouver de meilleurs médicaments pour traiter les maladies. Ses travaux sur les modèles animaux auront une grande influence sur la suite de sa carrière. Ils lui permettront notamment de publier un article dans la revue scientifique Nature et le mèneront à occuper un poste à l’Université McGill où il travaille toujours aujourd’hui.

C’est en 1992 qu’il devient assistant-professeur au département de biochimie de l’Université McGill, où il clone les gènes de plusieurs nouvelles protéines tyrosines phosphatases (PTP) impliquées dans différentes maladies humaines. Entre autres, le laboratoire du professeur Tremblay, en collaboration avec le Dr B. Kennedy de Merck-Frosst, sera le premier à publier le rôle modulateur de PTP1B sur le récepteur de l’insuline dans la prestigieuse revue scientifique Science. Toujours considérés comme cibles thérapeutiques de premier choix pour le traitement du diabète et de l’obésité, ses travaux ont amené un grand nombre de compagnies pharmaceutiques à développer des inhibiteurs de cette phosphatase, dont certains sont actuellement en phase clinique.

Il explique son retour au Québec à la fois par la volonté d’être actif dans sa communauté d’origine et par l’importance des liens familiaux. « Je ne serais pas revenu si je n’avais pas eu la possibilité de faire une belle carrière au Québec L’offre et l’environnement scientifique de l’Université McGill étaient incontournables. »

Cette université lui donnera d’ailleurs l’un des rôles les plus importants de sa carrière en le nommant, de 2000 à 2012, directeur du Centre de recherche sur le cancer de l’Université McGill, aujourd’hui appelé le Centre de recherche sur le cancer Rosalind et Morris Goodman. Alors que le Centre venait tout juste de s’installer dans ses nouveaux locaux et qu’il manquait encore des fonds pour en assurer le fonctionnement, le professeur Tremblay a fait une rencontre toute particulière. Il raconte : « Un jour, alors que j’étais seul dans le building, deux personnes sont passées devant mon bureau. J’ai d’abord cru qu’elles étaient perdues, mais elles m’ont interrogé sur le Centre et sa vocation. Je leur ai présenté pendant près d’une heure une vision de ce nouveau centre, son implication dans la recherche fondamentale en cancérologie, la formation de jeunes chercheurs, le transfert de nos découvertes vers la clinique et son rayonnement international. Durant toute notre rencontre, je n’ai jamais su leurs noms. Quelques jours plus tard, je reçois un coup de fil du doyen de la Faculté de médecine qui m’annonce que deux personnes de la famille Goodman ont décidé de faire une contribution financière majeure dans le projet. Les deux visiteurs, c’était eux! » C’est à la suite de ce don que le Centre a été nommé en l’honneur de ses généreux donateurs.

Durant son mandat, ce centre est devenu l’un des plus performants au Québec et en Amérique du Nord et a acquis une forte réputation internationale. Il regroupe actuellement 25 professeurs-chercheurs et près de 300 étudiants et techniciens. Avec une diffusion de plus de 120 publications scientifiques par année dans des revues aussi prestigieuses que Science, Nature ou encore Nature Genetics, la renommée du Centre Goodman n’est plus à faire.

L’une des particularités de ce centre est qu’en plus de ses activités de recherche scientifique, des séances d’information sont organisées pour le grand public. Cette ouverture envers la population et cette transmission de connaissances scientifiques sur le cancer par des activités de promotion et de vulgarisation telles que des visites ou des conférences sont importantes pour Michel L. Tremblay. Le Centre doit d’ailleurs beaucoup à l’affabilité de ce dernier et à sa capacité de transmettre son engouement pour ses travaux.

Outre son rôle dans l’expansion du centre de recherche, le professeur Tremblay est également fondateur de deux entreprises de biotechnologies axées sur son expertise. Il est aussi particulièrement engagé dans son rôle d’enseignant et de formateur d’une relève scientifique de qualité. Il est titulaire de la Chaire de recherche Jeanne et Jean-Louis Lévesque sur le cancer à l’Université McGill et membre de la Société royale du Canada depuis 2006. Il a reçu le prix Michel-Sarrazin du Club de recherches cliniques du Québec en 2012, qui souligne la carrière scientifique et l’apport exceptionnel d’un chercheur québécois chevronné. Toujours en 2012, il a reçu le prix Robert L. Noble de reconnaissance d’un scientifique en cancérologie de la Société canadienne du cancer.

Le professeur Tremblay n’a eu de cesse – et continue – de s’impliquer dans diverses agences de recherche gouvernementales. Il a notamment participé à l’élaboration de politiques scientifiques au Québec et à l’international et a été membre du conseil d’administration et du conseil de direction du Fonds de recherche en santé du Québec pendant plus de huit ans. Il a également siégé aux comités consultatifs de recherche du Conseil québécois pour la découverte de médicaments et de l’Institut de recherche Terry Fox. Il fait aussi partie du comité consultatif de la recherche de la Société canadienne du cancer et est secrétaire général de la Société internationale de pathophysiologie. Il siège aussi au comité scientifique du nouveau centre de recherche du Centre de santé et de services sociaux de Gatineau. Récemment, il a été nommé au comité scientifique consultatif du consortium international de phénotypage murin établi à Londres.

En d’autres mots, le professeur Michel L. Tremblay est un homme engagé et c’est à ce titre qu’il reçoit le prix Armand-Frappier, qui salue, entre autres, sa contribution aux politiques publiques et à l’administration de la recherche.

Selon M. Tremblay, le rôle d’un scientifique est de contribuer à sa société tout autant du point de vue scientifique qu’économique : « Le transfert technologique est primordial pour l’économie du Québec. Il faut avoir une vision plus large que son simple champ d’action, pour s’assurer que le Québec avance. »

Pour lui, la mise en place d’un centre de recherche sur le cancer et d’infrastructures de recherche de qualité était primordiale afin de garder et de recruter des chercheurs de qualité. D’autres défis sont désormais à relever : par exemple la médecine régénérative et la biologie synthétique sont des champs de recherche qu’il ne faut pas tarder à développer au Québec. « On ne peut pas se permettre de ne pas être là. C’est notre compétitivité et la qualité de vie de l’ensemble de la société qui en dépendent. »


Armand Frappier
Qui était Armand Frappier ?
 

Date de remise du prix :
12 novembre 2013

Membres du jury :
Astrid Brousselle
Jean Koclas
Catherine Mulligna
Michel Patry



Texte :
MESRST

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