Les Prix du Québec


Ernest-Cormier
Création de :
Daniel Moisan

Lauréates et lauréats

 
Saucier, Gilles

Prix Ernest-Cormier 2014
Catégorie : Culturelle

Né en 1958
Sainte-Françoise

Gilles Saucier - lauréat
Photo : Louise Leblanc
Entrevue
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Perrotte, André

Prix Ernest-Cormier 2014
Catégorie : Culturelle

Né le 6 juin 1959
Québec

André Perrotte - lauréat
Photo : Louise Leblanc
Entrevue
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Le nom de la firme Saucier + Perrotte architectes est indissociable de l’Usine C, siège de la compagnie de théâtre montréalaise Carbone 14. En 1995, l’ancienne usine Raymond, fabrique de confitures de fruits établie en 1913, était convertie en centre de création et de diffusion pluridisciplinaire. Pièce maîtresse de la régénération du quartier Centre-Sud, le complexe a acquis une renommée internationale tant en raison de sa programmation que de la qualité de ses installations physiques.

Gilles Saucier et André Perrotte, les premiers lauréats du prix Ernest-Cormier, ont toujours cheminé de concert. Tous deux étudiants à l’École d’architecture de l’Université Laval, où ils obtiennent leur diplôme en 1982, ils fondent leur propre cabinet en 1988, à Montréal. Ils se classent rapidement à l’avant-garde de la profession.

Les deux architectes s’illustrent d’abord dans des projets à caractère culturel, comme la rénovation du Théâtre du Rideau Vert et du Théâtre d’Aujourd’hui, en 1991. Mais de fait, c’est l’Usine C, complexe de 51 000 pi2 réalisé au coût de 5,6 millions de dollars, qui cristallise le caractère innovant de leur pratique. Ce concept très élaboré, qui obtient plusieurs récompenses, dont le Prix du mérite du Gouverneur général en 1997, repose sur la mise en valeur de la nature industrielle de l’édifice en béton et sur son inscription dans le tissu urbain. Certains éléments ont été juxtaposés au bâtiment existant, lequel a pratiquement été laissé à l’état d’origine.

Modèle d’épuration et d’intégration dans l’environnement physique, l’Usine C consacre une nouvelle façon de faire qui se prolonge lors de l’agrandissement de la Cinémathèque québécoise, complété en 1997. Pour cette dernière, la firme joue sur la vocation cinématographique du bâtiment, grâce à des effets de lumière, de transparence et de volumes induits notamment par des murs en verre, du béton à découvert et la déclinaison de noir, blanc et gris qui est l’un des éléments caractéristiques de la signature des architectes.

« Avant d’être une fonction, un bâtiment est un lieu qui évoque des sentiments, une mémoire. L’architecture a cette mission de stratifier, de déployer des lieux, de faire émerger des objets d’une mémoire inventée », estime Gilles Saucier. « L’architecture doit être pensée dans une perspective de pérennité : les bâtiments restent, ils modifient l’environnement et façonnent les villes », ajoute son complice André Perrotte.

Animés de cette vision, les deux architectes ne cessent de se questionner, d’inventer et de réinventer leur discipline, qui est aussi un art. Leurs réalisations sont intimement ancrées dans le territoire et le paysage qu’elles habitent et qualifient, que ceux-ci soient urbains ou ruraux. À cet égard, elles témoignent d’une extraordinaire faculté de saisir l’esprit, l’essence de ces espaces; des espaces qu’en quelque sorte elles « habillent » tout en leur donnant une signification et en les transcendant.

Partisans d’environnements fluides, ouverts, lumineux et épurés, Gilles Saucier et André Perrotte s’inscrivent dans un courant d’architecture contemporaine qu’ils ont eux-mêmes contribué à définir. Leur démarche s’appuie sur la recherche fondamentale au regard du processus de conception, de l’interprétation des sites et du rôle même de l’architecture. C’est d’ailleurs ce qui explique en partie leur participation à plusieurs concours, qui exigent un investissement financier considérable de leur part sans aucune garantie de retour. Fort heureusement, dans ce contexte, la sélection de l’architecte ne se fait pas sur la base du prix demandé, mais sur celle du concept proposé. « Les concours permettent d’alimenter une recherche qui nous apparaît essentielle », dit en substance le duo.

Pour Gilles Saucier et André Perrotte, les concours sont en somme des moments d’expérimentation et de dépassement de soi, des occasions privilégiées d’exprimer pleinement leur créativité, leur esthétique. Ils constituent une valeur qualitative ajoutée que le système du plus bas soumissionnaire oblige trop souvent à sacrifier. Ironiquement, quelques-unes de leurs propositions jamais concrétisées, dont celles de la Grande Bibliothèque (Montréal) et du Musée canadien des droits de la personne (Winnipeg), respectivement finalistes en 2000 et en 2004, ont fait l’objet de dithyrambes et ont accru leur renommée. Ils ont aussi été finalistes à des concours internationaux, tels ceux du Bogota International Center (2011) et du Monument national de l’Holocauste (Ottawa, 2014).

La feuille de route de Gilles Saucier et d’André Perrotte témoigne d’une polyvalence rare, qui va du pavillon du jardin des Premières Nations (Montréal, 2001) à de grands édifices institutionnels, comme le Perimeter Institute for Theorical Physics (Waterloo, 2004), en passant par des équipements de loisir, comme le complexe de soccer du Centre environnemental de Saint-Michel (2014, en collaboration avec la firme HCMA), et des résidences privées. Ils ont aussi à leur actif des expositions, comme 1973 : Désolé, plus d’essence (Centre canadien d’architecture, 2007) ou encore Objets trouvés, avec laquelle ils représentent le Canada à la Biennale de Venise en architecture en 2004.

« L’art alimente l’architecture », croit fortement Gilles Saucier. Ce principe cher aux deux hommes vient peut-être du fait qu’à l’époque de leurs études, les aspirants architectes devaient savoir dessiner, alors qu’aujourd’hui, les logiciels sont omniprésents. « Le baccalauréat durait quatre ans et comportait un aspect créatif qui en déboussolait plus d’un », se rappelle un André Perrotte fasciné, lui, par « la conjonction art et science » qu’offrait la discipline. C’est ainsi que la firme va jusqu’à mettre certains de ses locaux à la disposition d’artistes contemporains, afin qu’ils puissent y créer en toute quiétude!

Comme le montrent une foule de leurs réalisations, Gilles Saucier et André Perrotte sont animés par le souci d’inscrire leurs projets dans la continuité de leur environnement physique et des activités humaines qui s’y greffent. À cet égard, il convient d’évoquer le spa urbain Scandinave Les Bains Vieux-Montréal (2009), un établissement issu de la conversion d’anciens entrepôts de marchandises et récompensé de nombreux prix, dont un premier prix d’excellence en aménagement intérieur commercial décerné par l’Ordre des architectes du Québec (OAQ).

Gilles Saucier et André Perrotte ont eux-mêmes prêché par l’exemple en installant les bureaux de leur firme dans une usine désaffectée de « la Petite Italie ». Audace, pureté et élégance de la forme y sont au rendez-vous. Par sa présence, l’édifice, dont la transformation est récompensée d’un prix Intérieurs Ferdie en 2008, contribue aussi, à l’instar d’autres réalisations urbaines du tandem, à la revitalisation d’un quartier.

Travailler en duo est pour eux une seconde nature, et ils y voient une véritable force, parce que l’architecture est une discipline d’équipe. Gilles Saucier et André Perrotte insistent sur le fait qu’ils sont à la tête d’une PME constituée d’une vingtaine de professionnels. Une PME dont « on veut préserver le caractère d’atelier de création », dit le premier, et « que l’on veut pérenne », insiste le second. « La pratique technique et les outils changent, mais tout ça doit être au service d’une idée, d’une vision créatrice », ajoute-t-il.

La vision de Gilles Saucier et d’André Perrotte rayonne depuis un bon moment déjà, tant ici qu’à l’échelle internationale, comme l’attestent les nombreuses récompenses qui leur ont été attribuées. En plus de celles déjà évoquées, il importe de mentionner le prix d’excellence en architecture institutionnelle de l’OAQ pour la Cinémathèque québécoise, en 1998; le Prix d’excellence de l’Institut royal d’architecture du Canada, en 2009; la Médaille du Gouverneur général en architecture pour le pavillon de pharmacie de l’Université de la Colombie-Britannique (réalisé en collaboration avec HCMA), en 2014. En raison de leurs activités d’enseignement dans plusieurs universités canadiennes et américaines, ils reçoivent, aussi en 2014, la médaille du Mérite de l’OAQ, un prix de carrière qui souligne leur contribution à la formation des architectes.

« Il y a beaucoup de bâtiments, mais pas beaucoup d’architecture », déplore Gilles Saucier. En tout cas, nul doute : avec Gilles Saucier et André Perrotte, l’architecture a trouvé deux de ses praticiens, voire deux de ses artistes, parmi les plus inspirés et inspirants.


Ernest Cormier
Qui était Ernest Cormier ?
 

Membres du jury :
Dan Hanganu, président
Nancy Dunton
Maxime Frappier
Rémi Morency
Julie St-Arnault



Texte :
Francine Bordeleau

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